Junk Garage

Dépotoir d'une otaku à temps partiel

07 juin 10

Il n'y a rien qui soit "étrange" en ce monde

/!\ Gros pavé. Peut contenir contient des traces de fangirlisme /!\

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[Môryô no hako -main theme] Shusei Murai

Il vend des tonnes de livres au Japon, il est extrêmement prolifique, primé aussi, et pourtant nulles  traces de lui en occident. Je viens donc tenter de corriger un peu le tir en vous parlant aujourd'hui de Natsuhiko Kyôgoku et plus particulièrement d'une de ses séries parmi les plus connues. Cet auteur qui cultive une passion dévorante pour l'ésotérisme et le folklore japonais se rend en 1994 de lui-même à la Kôdansha, manuscrit sous le bras, dans l'espoir de faire éditer son premier roman baptisé Ubume no natsu. Et ça marche. Très bien même. En plus de lancer le début de sa carrière, ce roman est aussi le point de départ d'une série d'ouvrages culte, alliant mythes japonais et enquêtes criminelles, le tout dans une ambiance feutrée à la fois très zen et oppressante, alliant  logique et surnaturel, dont je suis instantanément tombée amoureuse.

Au centre de toutes les affaires dont il est question au fil des différents livres se trouve un personnage répondant au nom de Chuzenji  Akihiko. Surnommé « Kyôgokudô » par ses proches, c'est un homme passablement asocial et surtout profondément bizarre. Propriétaire d'une librairie spécialisée dans la vente de vieux bouquins traitant de sujets obscurs, l'homme exerce aussi l'exorcisme. Cette seconde profession déjà étrange le devient encore plus lorsqu'on apprend que Kyôgokudô ne croit absolument pas aux esprits ou aux fantômes qu'il s'applique à combattre. Sa devise : «il n'y a rien qui soit étrange en ce monde». Les esprits, yôkai, fantômes et autres entités qui défrayent fréquemment la chronique et la presse à scandale ne sont pour lui que les manifestations d'esprits humains torturés. Grâce à ses immenses connaissances en la matière et à son sens aigu de la rhétorique, Kyôgokudô s'emploie ainsi à délier les langues et à percer les mystères les plus tordus et complexes qui lui sont soumis, quitte à exposer des vérités pas toujours bonnes à dire ou à utiliser des méthodes peu orthodoxes.

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« Les chances que le monde qui t'entoure et que toi-même soyez juste des illusions et les chances que tout ça soit bien réel sont exactement les mêmes. »

Évidemment le fantastique comme le policier ne sont pas des genres spécialement récents ou inventifs. Ce n'est donc pas à ce niveau là que se situera l'originalité des romans de Kyôgoku, mais plutôt dans le traitement qu'il en fait.
Dans Ubume no natsu par exemple, l'intrigue tourne autour, entre-autre, d'un mystère de type « pièce close ». Ce type d'intrigue est bien connu ne serait-ce que via Le mystère de la chambre jaune pour rester dans le célèbre : une pièce fermée de l'intérieur, un cadavre, des traces de lutte, mais pas d'assassin à l'horizon. Kyôgoku joue de ce lieu commun, il s'en moque même allègrement et rajoute sa touche perso : le corps de la victime est en effet introuvable. Il s'est tout simplement « évaporé » d'une pièce fermée de l'intérieur et hermétiquement close. Et histoire d'en rajouter une couche, dès le début du roman, on nous précise que le surnaturel n'existe pas et qu'autrement dit, la victime n'a pas pu s'évaporer comme ça dans la nature. Car si le narrateur, et par ses yeux le lecteur, oscille sans-cesse entre l'acceptation du surnaturel et celle du rationnel (la définition même du fantastique, donc), l'auteur s'applique de son côté, via le personnage de Kyôgokudô, à briser cet équilibre et à livrer un récit plus proche du thriller psychologique.

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« En maudissant quelqu'un, on creuse deux tombes. Ce n'est jamais quelque chose que je fais à la légère»

Le gros problème dans cette affaire, c'est que les éditeurs étrangers ne semblent pas se sentir franchement inspirés par ces bouquins, malgré leur notoriété. Aussi à mon grand désespoir, seul Ubume no natsu, le premier de la série (sur 9 !) a été traduit -et encore pas en français mais en anglais.
Pour le second opus, certainement le plus connu, on peut toujours se rabattre sur ses diverses adaptations anime ou manga, voir cinématographique. Ceux qui me connaissent bien sauront de quoi je parle : cet anime sorti fin 2008 qui a mis plus d'un an avant d'avoir ses 13 malheureux épisodes traduits tellement il n'intéressait personne... Je parle bien sûr de Môryô no hako. Par un coup du destin qui me donnerait presque envie de devenir croyante, son manga va être édité en France cet été, une excellente nouvelle en priant pour que Soleil aille jusqu'au bout de la publication et pour que la traduction soit à la hauteur. C'est une façon comme une autre de découvrir l'univers de cette série, même si ce n'est pas forcément l'idéal, c'est par là que j'ai commencé et c'est très largement ce qui m'a donné envie de me plonger un peu plus dans cette histoire et donc d'aller à la recherche des livres.
L'adaptation du troisième opus, Kyôkotsu no yume, commencera aussi en manga cet été. Faute de grive, on mange du merle...
La publication américaine de Ubume no natsu me laisse vaguement espérer que la suite suive le même chemin, mais ça serait se voiler la face sur la réalité des faits :

 

  1. De tous les romans de la série, c'est le plus court avec ses 350 pages. Les autres en font allègrement le double voir le triple et croyez moi, ce n'est exactement le genre de bouquin facile à traduire.
  2. En fait il se suffit à lui-même. Bien que liés par les protagonistes et par certaines allusions, tous les romans sont indépendants. Point de suspens à avoir la suite donc, même si ça serait quand même vachement cool.
  3. Les romans policiers et les thrillers ont beau avoir la cote, ceux-ci en particulier ne sont pas forcément très accessibles ou grand public.

Ça, c'était pour la minute pessimiste du jour.

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« Ce sont les autres qui sont fous, pas moi. Je ne suis pas fou. »


[Madoi Hito] Shusei Murai

Les aventures de Kyôgokudô s'adressent aux curieux du folklore japonais et plus particulièrement aux  fans de mystère et d'horreur qui aiment se faire violer le cerveau par un auteur psychopathe et trolleur  Sérieusement, j'exagère à peine, je pense qu'il faut avoir une sacrée part masochiste en soi pour vraiment apprécier le truc, car on se fait balader de bout en bout. La lecture m'a donné l'impression que Ryukishi07 s'en était très largement inspiré pour écrire son Umineko no naku koro ni -et pas que pour le troll- tant les discours sur la perception de la réalité et sur la vérité sont proches dans les deux œuvres. A ce niveau là, elles se ressemblent vraiment beaucoup, à l'exception près que Kyôgoku ne montre jamais de manifestations fantastiques à proprement parler dans sa série, mais fonctionne dans le non-dit et le sous-entendu à fond. Ou plutôt, on assiste vraiment à des scènes surnaturelles, mais en même temps on sait, parce qu'on nous le dit d'entrée de jeu, que ça ne peut pas exister. Le pire c'est qu'on se prend vraiment au jeu et qu'on se met à avoir peur et à croire en ces phénomènes qu'on sait impossibles... C'est donc au lecteur de se creuser le cerveau et d'essayer de comprendre comment diable tout ça peut bien fonctionner de façon rationnelle.

Ce qui est d'autant plus amusant et compliqué à faire, c'est que contrairement aux romans policiers « classiques » où on se contentera d'étudier les preuves et indices « physiques » mis à notre disposition, (alibis, dates, motifs...) il faudra ici aussi prendre en compte le fait que la narration à la première personne biaise complètement la « réalité » des faits. Le narrateur est Tatsumi Sekiguchi, un homme psychologiquement très faible, paranoïaque et passablement dépressif. Le lecteur subit complètement le point de vue de ce personnage et ne peut donc compter que sur lui-même pour distinguer la réalité des faits de ce que Sekiguchi perçoit comme étant vrai mais qui ne l'est pas. Évidemment, on ne dispose de rien de précis pour différencier les deux, sinon ça serait trop facile. Dans cet océan d'incertitudes, se trouve Kyôgokudô. C'est un peu la lumière qui guide le lecteur : il ne fait que parler non-stop de choses qui en plus semblent plus ou moins déliées du récit mais qui sont en réalité tant d'indices permettant de comprendre le pourquoi du comment sans être soumis à une vision erronée des faits. Encore faut-il réussir à faire le rapprochement entre les deux.

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« Tant que tu ne l'as pas observé, le monde ne peut être compris qu'en termes de possibilités. »

Amateur de mystères que je suis (je viens de réaliser que « amatrice » n'existe pas et ça me fait mal XD) c'est un point que j'ai particulièrement apprécié à la lecture. Les mystères et énigmes posés par l'auteur peuvent réellement être percés et compris par le lecteur, mais c'est extrêmement compliqué car strictement tout dans le roman peut servir d'indice et trouve son utilité à la fin. Il faut prendre en compte la moindre parole, anecdote mais aussi l'état mental des personnages pour arriver à comprendre la clé du mystère, ce qui en fait un fabuleux exercice pour le cerveau. Le génie du truc c'est qu'on a l'impression d'assister à quelque chose de complètement fumeux et ridicule au moment du dénouement, mais qu'en y repensant on découvre que tous les indices étaient sous notre nez et qu'on n'a juste pas été capable de les voir ou de les exploiter comme il le fallait... C'est grisant et rageant à la fois. En plus le héros donne l'impression de se foutre constamment de vôtre gueule, ce qui est assez horrible...

Parlons-en de lui, d'ailleurs... Kyôgokudô, bien qu'étant au centre du récit, est en fait un personnage assez peu actif. Il passe la majorité du temps dans sa librairie à bouquiner ou à discuter avec ses amis et n'en sortira qu'à la fin de chaque enquête pour exposer la vérité lors d'une séance d'exorcisme qui tourne souvent à l'hystérie générale. Il campe le rôle du lecteur chevronné pratiquant sa passion de façon absolue et dévorante : sa librairie  vide de clients du matin au soir ne serait d'ailleurs qu'une simple excuse pour acheter un tas de bouquins pour sa consommation personnelle. Il y a certainement aussi un peu de l'auteur en lui, comme en témoigne son surnom (en plus abrégé en "Kyôgoku" par moments) ou bien sûr son engouement pour tout ce qui touche à l'ésotérisme.
Son personnage n'est que peu présent en fin de compte, pourtant c'est lui qu'on retient à la lecture, c'est par son nom qu'on appelle la série, etc... Et ce n'est pas le fruit du hasard, car il est vraiment très réussi. C'est comme si sa froideur maladive tant physique que psychologique (il est comparé à un cadavre...) et sa distanciation face aux événements étaient la condition sine qua non pour qu'il puisse vraiment aider les gens et résoudre leurs problèmes. Il a vraiment un charisme monstre et l'auteur joue bien sûr à fond là-dessus, un peu comme le font toutes ces séries fonctionnant principalement sur un personnage marquant.
Contrairement à tous ces personnages qui essayent de nous fait croire qu'ils sont géniaux parce qu'ils savent jouer aux échecs ou aligner deux mots, le génie de Kyôgokudô passe pour crédible puisque qu'il découle directement de son caractère très nonchalant et de ses lectures. En gros, c'est un type cultivé et doué pour exprimer ses idées. Pour le reste, il est socialement assez inapte et ne semble s'en être relativement bien sorti que grâce à son charisme naturel qui attire les gens à lui. Lorsqu'il parle il est vraiment difficile de lui donner tord, qu'on soit d'accord ou pas avec ses convictions, car il parvient toujours à donner des arguments tranchants et efficaces pour soutenir ce qu'il affirme, le tout avec un flegme déroutant -énervant même. Il lui arrive parfois d'exploser et de se fâcher pour de bon et là il devient genre encore plus charismatique et classe qu'il ne l'est normalement. Ouais, je suis une sale fangirl de ce perso \o/ 

Son seul rival en bizarrerie, c'est son ami Reijiro Enokizu, un homme décrit comme « grand-beau-fort-intelligent » par notre narrateur (qui souffre d'un méchant complexe d'infériorité apparemment...) qui est surtout un allumé de première totalement sérieux dans ses plus grands délires et incompréhensible pour le commun des mortels. Après avoir pratiquement complètement perdu la vue lors de la guerre, Eno s'est rendu compte qu'il pouvait « voir » des choses, plus précisément les souvenirs des gens. Ce « don » ou plutôt cette « capacité » l'a conduit à devenir détective privé, sous les conseils de Kyôgokudô. Malheureusement, le fait qu'il devine du premier coup d'œil des choses qu'il n'est pas sensé savoir ne met pas franchement en confiance ses rares clients, sans compter son comportement d'enfant gâté et son excentricité. Si vous vous demandez comment l'auteur, qui met un point d'honneur à exclure toute « magie » de son récit, ose y insérer un médium, sachez qu'il parvient à expliquer de façon scientifique et crédible cette « capacité ». Évidemment, ça reste fantaisiste, mais dans le discours on y croit vraiment.

La dernière pierre de ce quatuor infernal est Shutaro Kiba, inspecteur de police de son état, à l'allure de yakuza, ami d'enfance de Eno et environ le seul personnage aussi paumé que le lecteur dans l'histoire sans être complètement barge pour autant. S'il est bourru et impulsif la plupart du temps, en présence de ses amis on découvre qu'il est un homme au contraire tendre et très gentil. C'est aussi le seul représentant « officiel » de la police avec ses hommes de main et paradoxalement son rôle se cantonne principalement à arrêter gentiment le coupable que Kyôgokudô aura découvert à sa place.

Chacun de ces personnages joue en fait un rôle précis dans le déroulement de l'intrigue, ce qui fait qu'aucun d'entre eux ne parvient à résoudre les enquêtes à lui tout seul. Sekiguchi sert d'yeux au lecteur tout en l'embobinant, il est le témoin des affaires. Enokizu permet de fournir des preuves irréfutables grâce à sa capacité, mais son manque de discernement l'empêche souvent d'en comprendre la véritable signification. Kiba, en tant que main armée, met sous verrous les coupables à la fin et peut fouiller les vieux dossiers interdits aux civils. Et Kyôgokudô est celui qui va rassembler toutes les pièces du puzzle et comprendre la vérité derrière le mystère. Les quatre personnages sont tous liés par un passé commun : ils se sont connus sur les bancs de l'université et ont aussi fait la guerre ensemble. Un passé qui ne va pas arrêter de venir les titiller tout au long des enquêtes...

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« Je ne veux pas regarder, je ferme les yeux. Dommage que je ne puisse pas fermer les oreilles. »


[Tobari] Shusei Murai

La structure et le rythme des histoires sont assez particuliers et c'est globalement ce qui fera qu'on adorera ou détestera le style de ces romans. C'est lent et terriblement bavard. Ubume no natsu -et donc la série- s'ouvre sur 50 pages dans lesquelles Kyôgokudô -et par lui l'auteur, explique gentiment à Sekiguchi -et donc au lecteur- pourquoi « il n'y a rien d'étrange», le tout à grands coups de sémantique, de physique quantique, de psychanalyse, d'exemples et de métaphores insolites Le cerveau comme les hémorroïdes, peut se soigner» Si si.) J'ai eu l'impression d'assister à nouveau à mon cours de philo de terminale sur la perception, la conscience et tout ce genre de joyeusetés mais c'est bizarrement intéressant et accrocheur dans la façon dont c'est expliqué. Plus que dans mes cours en question, justement. Même si les sujets traités sont complexes et que le discours de Kyôgokudô l'est aussi, en tant que lecteur on "est" dans le cerveau d'un type banal. Autrement dit, on fini par comprendre, car Sekiguchi n'y pigeant rien, son interlocuteur finira toujours par parler en termes plus clairs. Donc inutile de trop flipper de ce côté là non plus, la lecture ne demande pas d'avoir fait bac+5 dans toutes les matières sus-citées. Disons juste ce n'est pas le genre de livre que vous liriez assis devant la télé en sirotant un soda, mais qui vous demandera davantage de la concentration voir un calepin pour noter les informations diluées dans le récit, si vous avez bien sûr envie de résoudre vous-même les mystères.

L'être humain et sa psychologie occupent une place importante, mais ils ne sont pas montrés de façon franchement positive. Même les héros sont loin d'être des anges, alors que dire des victimes, des témoins et pire, des coupables... On croise de tout : de l'inceste, du meurtre barbare, des collections de cadavres, de la mutilation... Même les sentiments "bons" sont toujours détournés de la pire façon possible. L'amour entre-autre, transpire de la pire manière : obsession, jalousie, désir de possession totale (avec toutes les dérives joyeusement glauques possibles) mensonges, aveuglement... Comme s'il n'y avait rien d'autre à tirer de nous que du mauvais, une sorte de vision terriblement pessimiste de l'être humain. Même quand tout est terminé, personne ne s'en sortira vraiment indemne. On a un vrai sentiment de malaise à la lecture, renforcé par le fait que rien n'est clairement montré.

Chaque enquête a pour base un yôkai différent, associé au comportement du tueur et utilisé en métaphore filée dans le récit. La thèse soutenue par l'auteur est que ces yôkai n'existent pas en tant que tels mais sont l'expression de certains sentiments humains refoulés et sublimés dans les légendes et mythes traditionnels. L'ésotérisme prend une place très importante dans le récit, on sent bien toute la passion de l'auteur pour le sujet et sans exagérer, on apprend pas mal de trucs sur la religion, les mythes, les légendes, entre-autre, même s'il vaut mieux avoir un certain intérêt pour le sujet à la base. N'oublions pas que ça s'adresse avant tout au public Japonais.

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« Il y a des vérités qu'il ne vaut mieux pas connaître. N'oublie jamais que c'est toi qui a voulu tout ça»

Comme tous les ouvrages connaissant un certain succès, les premiers romans de cette série ont connu un certain nombre d'adaptations sur divers supports. Je vous ai donné une vague idée du contenu, aussi je pense que vous vous demanderez comment on peut bien faire passer ce genre d'histoires sur un support autre que l'écriture pure, le tout sans faire sombrer le spectateur dans l'ennui le plus profond... La réponse est simple : une bonne mise en scène. Je serai incapable de juger du travail d'adaptation fait sur le film de Ubume no natsu -la seule adaptation que le roman ai connue, mais il n'est pas réputé comme étant brillant. En revanche, je suis beaucoup plus à même de vous parlez de celles de Môryô no hako.

Cette seconde histoire autour du personnage de Kyôgokudô s'ouvre sur une scène étrange. Deux hommes dans un train, dont l'un d'eux tient entre ses mains une boite. Un son s'en échappe, il l'ouvre et laisse apparaître une tête humaine vivante, qui captive alors son interlocuteur (oui, c'est bizarre) Il est assez intéressant de voir comment, tout en conservant le contenu exact de la scène au mot près, le réalisateur de l'anime d'une part, et l'auteur du manga de l'autre, l'ont rendue de façon complètement différente. Dans l'anime, on a fait le choix de donner un visage aux hommes. Dans le manga, ils ne sont que des ombres anonymes, ce qui est certainement plus proche du contenu du roman. Cette variation qui peut sembler anodine est pourtant capitale et influence sur toute la perception qu'aura le spectateur ou lecteur sur le reste de l'histoire, Car dans l'anime, l'un des deux hommes du train porte les traits de Sekiguchi, ce qui amène forcément le spectateur à se poser des tas de questions...

Je vous ai déjà vanté les qualités de Ryosuke Nakamura dans le cadre de son travail de réalisateur sur Aoi Bungaku, où il s'était chargé de l'adaptation de Cours, Melos. Môryô no Hako était en fait son premier travail à ce poste. Il est vraiment difficile de croire, à la façon dont il s'approprie le script et parvient même à le sublimer que c'est sa première réalisation. Si vous avez besoin d'adapter une œuvre bavarde, il est votre homme. Il sait rendre n'importe quel dialogue captivant, quelque soit sa complexité et son contenu. Il a, en à peine 13 épisodes, réussi à adapter un roman extrêmement long tout en gardant la logique interne du récit et tous ses indices, de sorte que le mystère reste solvable pour le spectateur et qu'il ne le subisse pas. Ca en dit assez long sur ses compétences.

Ca serait cool qu'à défaut de voir les autres romans traduits dans une langue compréhensible pour la majorité du public occidental, d'autres adaptations de ce type soient faites, car c'est fidèle au support de base et ça représente une alternative intéressante aux bouquins. Malheureusement, il est assez difficile de juger du succès qu'a pu connaitre cette adaptation de Môryô no hako compte-tenu du silence qu'elle a provoqué chez nous et outre-atlantique... J'espère que le public français  fera un meilleur accueil à sa version manga tentative éhontée de pub avec l'espoir, qu'un jour peut être, la suite arrive chez nous.
En cherchant sur pixiv de quoi illustrer cet article, histoire de pas mettre que du Clamp, je suis tombée sur tout plein de fanarts qui m'ont vraiment intriguée et je n'ai qu'une envie, c'est d'en savoir plus et de découvrir les autres aventures glauques et étranges que l'auteur a à proposer !
En attendant je vous invite à tenter le coup si vous appréciez les thrillers bien ficelés et le folklore japonais : dans le genre, c'est un peu un must.

 


Commentaires

    Enfin quelqu'un qui ose ecrire un pave sur Mouryou no Hako, ca fait plaisir. Tu m'as meme donne envie de revoir la serie.

    Dommage que Natsuhiko Kyôgoku ne soit en effet pas plus connu que ca en occident ; d'un autre cote vu le peu de ses livres qui ont ete traduits (seulement Ubume no natsu, comme tu l'as dit), ca n'aide pas. Peut-etre que la sortie prochaine du film d'animation Loups=Garous, base sur un autre de ses romans, le fera un peu plus connaitre.
    En revanche je ne savais pas du tout que le manga de Mouryou no Hako allait sortir en France, ca reste assez surprenant. *_*

    Posté par Exelen, 08 juin 10 à 12:49
  • J'ai commencé un jour la série Môryô no Hako puis j'ai arrêté au bout de deux épisodes, trouvant l'animation un peu trop originale pour moi à l'époque. Pourtant même si ça date, j'en ai encore un souvenir très marquant et avec ton article ça m'en donne l'envie de m'y remettre.
    Article intéressant sinon, dommage comme tu dis que les livres ne soient pas traduis chez nous.

    Posté par Jevanni, 08 juin 10 à 12:56
  • Exelen -> j'ai hurlé quand j'ai appris que le manga était licencié, je me demande si les mecs de Soleil savent vraiment ce qu'ils font... Enfin, tant mieux quelque part ^^ J'ai vu ça pour Loups=Garous (sorti en anglais aussi, mais je l'ai pas lu...) en plus c'est Prod IG à l'animation il me semble... Le sujet en lui-même m'inspire pas franchement, mais faut voir comment c'est fait, il y a moyen que ça soit bien flippant *_*

    Jevanni -> et encore, les premiers épisodes sont soft comparé à ce qui suit :p C'est sûr que c'est très spécial et le fait que les épisodes étaient subbés tous les 3 mois n'a pas aidé non plus à ce qu'il se fasse une clientèle...

    Posté par Katua, 08 juin 10 à 13:14
  • Gros bon billet, comme toujours.
    J'avais essayé de parler des épisodes de Mouryou no Hako à l'époque sur AK mais mon cerveau a grillé à mi-chemin. J'avoue que la concentration et moi ça fait deux.
    Il faudrait vraiment que je reprenne la série à zéro prochainement car j'ai espoir de m'accrocher en revoyant tout ça à un rythme plus soutenu qu'hebdomadaire. Et ensuite peut-être pourrais-je m'intéresser au reste de l'œuvre ^^

    Posté par Sirius, 08 juin 10 à 21:30
  • Merci du compliment
    Je pense que c'est vraiment le genre de série qu'il faut voir minimum deux fois, mais la parution lente a fait que je l'ai vue bien plus de fois, vu que j'ai une mémoire de poisson rouge. Après faut dire aussi que je m'étais amusée à chercher le coupable ^^"
    En lisant Ubume no natsu ça m'a encore donné envie de la revoir, car tout un pan de Môryô no hako y fait référence (le livre psychédélique écrit par Sekiguchi est une redite de l'histoire) et aussi parce que j'ai subitement eu une toute autre vision des personnages. D'ailleurs maintenant je trouve le design de Clamp assez foiré sur certains persos, genre Eno >_>

    Posté par Katua, 08 juin 10 à 22:17
  • Si c'est Soeil qui édite, la traduction sera probablement mauvaise.

    Joli pavé sinon, je vais tenter de me procurer la traduction anglaise en import, d'autant que le vrai fantastique se fait bien rare dans nos contrées.

    Posté par Silveda, 09 juin 10 à 13:11
  • Tu as le chic pour me rassurer XD En tout cas je crois que j'ai jamais lu un seul manga paru chez cet éditeur O_o
    Pour le roman, comme d'habitude avec l'import, Amazone est un bon plan.

    Posté par Katua, 10 juin 10 à 23:47
  • J'avoue préférer l'achat réel à la commande internet, je compte donc plus fouiller/négocier/supplier mes librairies anglophones favorites

    Silveda, en pleine cure de Fauna depuis deux heures.

    Posté par Silveda, 28 juin 10 à 10:51
  • Excellent article qui donne envie de découvrir les autres romans de Natsuhiko Kyôgoku. Quel dommage qu'ils ne paraissent pas en français! Je suis heureuse de constater que je ne suis pas la seule à voir des similitudes entre les remarques de Kyôgokudô et certains passages d'Umineko...

    Posté par Zazen Rouge, 04 sept. 10 à 13:39
  • Merci pour ton commentaire
    Je me demandais si j'étais la seule à trouver que ça se ressemblait vachement à vrai dire XD
    J'ai lu ton article sur la question, il est très bon, je vais donc un peu squatter ton blog :p
    En ce qui concerne le manga, le premier tome m'a laissé une très forte impression et le design est infiniment meilleur que celui de l'anime, l'ambiance est aussi très bonne. A lire quoi

    Posté par Katua, 08 sept. 10 à 17:44

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