Junk Garage

Dépotoir d'une otaku à temps partiel

01 oct. 10

Requiem from the darkness : remue vos tripes et votre bonne conscience

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Après avoir eu ces six derniers mois une période Gundam et un passage à la mode samurai, je m'intéresse actuellement pas mal au folklore japonaise. Il se trouve que l'univers de la japanime et du manga traite du sujet en large et en travers via pas mal de séries plus ou moins douteuses, ce qui me facilite plutôt bien la tâche. Mais plutôt que de m'attarder sur des œuvres assez connues et qui me font de l'œil depuis un moment, il faut bien l'avouer, je me suis lancée dans cet anime qui est passé relativement inaperçu, malgré sa sortie française. La raison pour laquelle je l'ai choisi est simple : je me transforme lentement mais sûrement en une horrible fangirl de son auteur. Pour le meilleur comme pour le pire.

 

Comme son nom français ne l'indique pas, Requiem from the darkness est l'adaptation du roman Kosetsu Hyaku Monogatari, connu outre-atlantique sous le nom Hundred stories et vainqueur au Japon du prix Naoki en 2004. Son auteur, Kyôgoku Natsuhiko (oui, encore lui) s'est inspiré d'une encyclopédie illustrée sur les yôkai (Ehon Hyaku Monogatari) pour écrire cette histoire.

On y suit les aventures de Momosuke, un jeune homme qui a récemment hérité de l'entreprise familiale et qui décide de tout plaquer pour écrire un livre d'histoires pour enfants. Alors qu'il parcourt le pays à la recherche de sources d'inspiration, son chemin croise celui de trois étranges personnages assez inquiétants. Ce sont des sortes de "nettoyeurs de l'ombre", des assassins qui tuent les êtres humains possédés par des esprits malfaisants et qui camouflent leurs méfaits afin de cacher la sombre réalité aux gens normaux. Malgré leurs avertissements, Momosuke va décider de les suivre, persuadé de tenir là une source intarissable d'idées pour son roman, qu'il souhaite transformer en recueil d'histoires d'horreur. Au contact de toutes les atrocités dont il va être témoin, il va petit à petit changer sa perception du monde et de l'être humain. Et on le comprend assez bien.

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Perspective improbable

Les yôkai que l'auteur a choisi de traiter ne sont en effet pas parmi les plus sympathiques, mais plutôt ceux du genre à tuer votre grand mère, violer vos gosses et manger votre chien : les horreurs en tout genre s'accumulent donc tout au long du récit. Évidemment venant d'un type qui écrit des trucs sordides genre collection de bébés morts, je ne m'attendais pas à quelque chose de spécialement riant, mais là je crois qu'il s'est quand même surpassé, je crois en effet n'avoir jamais vu d'anime accumulant autant d'atrocités que celui-ci. Liste non exhaustive de ce qui vous attend au long de ces 13 épisodes : viols, meurtres sauvages, inceste, cannibalisme, nécrophilie... Sans oublier les cadavres en décomposition. Avec les vers, s'il-vous-plait.

Bref, vous l'aurez compris, c'est pas super drôle comme série et à éviter avant de manger. C'est pas franchement le genre que vous regarderiez avec votre petit frère pour "se faire peur", à moins que vous ne souhaitiez le traumatiser à vie ou le rendre complètement psychopathe. Il ne faut tout de même pas oublier que les yôkai appartiennent au patrimoine culturel japonais, ce qui a tendance à me faire penser que finalement les occidentaux n'ont pas le monopole des mythes bizarres et ignobles. Pas que j'en ai déjà douté un jour, hein. Pourtant on ne voit pas de yôkai à proprement parler dans cet anime, mais plutôt la déchéance d'êtres humains qui vont justement être conduits à incarner ces créatures suite à diverses expériences souvent traumatisantes.
C'est pas mal instructif sur quelques points, morbides, je vous l'accorde, comme l'existence de livres sur les sévices corporels ou le recueil d'illustrations représentants les diverses étapes d'un corps en décomposition. Je ne sais pas si ça existe pour de vrai, mais ça ne serait qu'à moitié étonnant et ça donne des frissons dans le dos...

Il fallait bien le dire, maintenant je vais quand même un peu nuancer le propos, car contrairement à ce que les lignes ci-dessus semblent impliquer, Requiem from the darkness n'est pas de ces animes choquants pour le plaisir de l'être et inutilement gores. D'une part parce qu'il y a un vrai fond au propos et d'autre part parce que l'anime s'enrobe d'un visuel assez particulier qui a tendance à changer la donne. En effet, plutôt que de montrer clairement les choses de visu, le choix fait sur cette série a été de les suggérer à travers divers procédés : ombres chinoises, bruitages "appétissants", bombardement d'images fixes, délires graphiques, images subliminales... Même quand c'est montré explicitement, c'est rempli de couleurs très flashies qui permettent d'atténuer le choc visuel. Concrètement, ça empêche à l'anime de devenir risible par une proéminence d'effets gores mais en contrepartie ça rajoute beaucoup au côté dérangeant. On ne peut même pas en rire.

 

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Gore ? Non. Atroce quand même ? Oui.

Vous l'aurez compris, c'est visuellement parlant que la série va vraiment se différencier de la masse. Le chara design est assez étrange dans son traitement. Les personnages importants ont des visages humains, dans un style un peu rétro qui m'a un peu fait penser à Lupin III. Les personnages plus secondaires, en revanche, sont souvent juste esquissés, avec deux yeux et rien d'autre en guise de visage. Les ombres sont très rarement en demi-teintes mais au contraire d'un noir très dur qui se mélange aux environnements, de sorte qu'on différencie mal les personnages du décor. Ces derniers, à base de gros traits noirs et de couleurs vives évoquent un côté très estampe pour un rendu qui rappelle ce qu'on a sur Ôkami. Cette recherche visuelle compense très largement son animation faiblarde. Tout ça contribue à rendre l'ambiance un poil anxiogène, pourtant il faut bien garder à l'esprit que ce n'est absolument pas un anime qui fait peur. Il surprend, choque parfois, mais fait plus frémir de dégoût et d'indignation que de terreur.

En fait la narration des épisodes est beaucoup trop rapide pour pouvoir réussir à créer une vraie ambiance bien horrifique.  Etait-ce seulement recherché ? Il y a débat sur ce point, car certains épisodes essayent vraisemblablement de faire peur mais échouent dans l'exercice. En effet, comme les histoires sont épisodiques, elles sont expédiées assez rapidement et c'est vraiment ce qui m'aura le plus gêné dans cette série : ça va trop vite. L'effet est accentué par un montage parfois confus et des transitions maladroites qui sentent bon les méchantes coupures dans le scénario d'origine. Paradoxalement, si ce rythme très rapide empêche vraiment aux histoires de révéler leur potentiel horrifique à 100%, il colle plutôt bien avec le côté "sous acide" de la réalisation de l'anime. On dirait une gigantesque farce grotesque, un mélange de délires visuels et d'un fond beaucoup plus grave et complètement dérangeant. C'est malsain, tout simplement.

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Une maison "accueillante"

Côté personnages, sans surprise Momosuke est l'être humain de base, naïf et près à être corrompu à volonté, ce qu'on attend forcément de voir se produire avec une certaine impatience. Ses compagnons de voyage sont curieusement beaucoup moins inquiétants ou bizarres qu'on pourrait le croire, en fait ils sont même plus rassurants par rapport au reste de la population qu'on voit à travers l'anime.
Le leader, Mataichi, est un homme de petite taille, enguirlandé dans des bandages et dont on n'aperçoit généralement que la bouche et un œil. C'est lui qui se charge "d'exorciser" les différents esprits maléfiques croisés tout au long de l'aventure, à l'aide d'un espèce de gros œil qu'il transporte dans une boîte sur son ventre et qui semble faire basculer les personnes qui y sont exposées dans un état second, type gigantesque mindrape. Hormis ce détail peu ragoûtant et sa dentition assez effrayante, Mataichi est un personnage qui inspire une grande confiance, toujours très posé et calme, cherchant à protéger notre héros de façon plus ou moins subtile, à la manière d'un père.

A ses côtés on trouve Ogin, une femme plantureuse et sexy qui se trouve être une marionnettiste. Elle use de ses dons et charmes pour piéger ses victimes. Sans aller jusqu'à dire qu'elle est particulièrement intéressante, Ogin est le personnage sur lequel on a finalement le plus d'informations tout au long de la série. C'est la seule à avoir un véritable background, entre-autre, et noue rapidement une relation assez ambigüe avec notre héros.

Enfin ce trio infernal est complété avec la personne de Nagamini, un type gigantesque qui souri à pleines dents. Tout le temps. Ca lui donne un petit côté malsain d'ailleurs. Il peut changer son apparence physique à volonté, aux détails près qu'il conserve toujours ses impressionnantes oreilles et la voix de Norio Wakamoto reconnaissable à trente kilomètres. Il dupe peut être les personnages, mais pas l'otaku mouhahaha

Il faut aussi préciser que l'auteur s'est une fois de plus amusé à s'insérer dans le récit. Kyôgoku est en effet le nom du patron (?) inquiétant et manipulateur de notre trio d'exterminateurs. Il est, de surcroit, doublé par Kyôgoku (le vrai) lui-même et histoire de rendre le troll plus gros encore, il sort même le gimmick de Kyôgokudô à un moment, ce qui m'a fait bien sourire.

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Les petites vieilles malsaines au service de Kyôgoku

Dans l'ensemble, ce ne sont pas des personnages conçus pour marquer mais plus pour servir le propos. On ne sait pratiquement rien d'eux et ça fait aussi pas mal de parti de leur "charme", ce qui a tendance à se confirmer quand on voit combien Ogin perd finalement à acquérir en background.  Quelques informations sont lâchées à droite ou à gauche pour les autres personnages mais dans l'ensemble on nage dans le néant total, bref on n'est pas plus avancés que Momosuke.

Ce dernier est peut être finalement le plus intéressant parmi les figures récurrentes, non pas parce qu'il est original ou profond, mais par ce qu'il véhicule. Momosuke c'est le type qui fuit allègrement ses responsabilités pour entrer dans un univers d'apparence beaucoup plus attirant pour lui, celui des histoires. Malheureusement pour lui, ce monde des contes et légendes n'est pas moins cruel et déroutant que le vrai monde, au contraire même.  C'est là que se trament toutes les intrigues et tout ce qui parait déjà horrible en surface ne l'est toujours que plus en réalité...
D'où le travail de notre trio, garant de la santé d'esprit des êtres humains normaux, un métier bien ingrat. Pourtant Momosuke s'acharne à vouloir à tout prix entrer dans cet univers auquel il n'appartient pas, utilisant ce qui ne sont que des prétextes -avoir de quoi remplir son livre- ne cachant en fait qu'un profond malaise, à savoir une attirance douteuse pour cet univers dérangeant, glauque et quelque part fascinant. Une attirance qui va le pousser à aller toujours plus loin, à repousser toujours plus ses limites et à piétiner complètement ses jolies valeurs tout au long de l'anime. C'est aussi un peu ce qu'on ressent en tant que spectateur devant cet anime. C'est monstrueux, mais addictif, à tel point que j'en suis parfois venue à me demander ce que j'étais en train de regarder, comme si ma conscience me hurlait que ce que je faisais n'était que du voyeurisme primaire...
C'est sans aucun doute l'effet recherché, la "morale" de l'anime étant justement que tout le monde marche un peu sur un fil et que par conséquent personne n'est à l'abri de plonger dans cette bestialité primaire montrée en long et en large dans la série.

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Quand il est sérieux, Mataichi peut faire peur

J'ai au final un peu de mal à avoir un avis tranché vis-à-vis de cet anime, alors j'ai rédigé tout ça en laissant mes sentiments prendre vraiment le dessus, ce que j'essaye de limiter d'habitude. Cette série a des problèmes bel et bien présents, qu'on ressent de surcroît, mais d'un autre côté elle s'aventure là où d'autres n'oseraient pas et le fait de la bonne façon, parvenant ainsi à sortir de la masse. En tant que spectateur, on est marqué, que ça soit dans le bon ou le mauvais sens du terme, car il me semble évident que beaucoup seront complètement hermétiques à cette débauche d'atrocités. Mais peut être est-il mieux d'être marqué même négativement par quelque chose, que de ne s'en souvenir que comme de quelque chose de vaguement agréable. En tout cas c'est ce que je crois.
Je dirai que c'est à tenter pour les gens qui recherchent un anime sortant de la masse, adulte et profondément bizarre. Un petit OVNI en son genre qui a de quoi vous faire faire des cauchemars, ce qui est plutôt une excellente chose en ce qui me concerne !

 

Posté par Katua à 18:50 - Japanime - Commentaires [6] - Permalien [#]
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Commentaires

    "viols, meurtres sauvages, inceste, cannibalisme, nécrophilie" -> vendu!

    Mais j'ai peur que le côté trop suggestif et l'ambiance folklorique m'empêchent de triper.

    Un OVNI qui ne fait pas beaucoup de bruit en effet. J'avais rapidement jeté un coup d'œil sur la moyenne MAL puis lu une petite critique quand tu as évoqué le titre et j'avais pas flashé. Mais là tu trouves les mots justes pour convaincre!

    En espérant que cette série ne réveille pas plus le monstre en moi ^^'

    Posté par Sirius, 01 oct. 10 à 22:33
  • « viols, meurtres sauvages, inceste, cannibalisme, nécrophilie -> vendu! »
    Pareil que Sirius =D.

    J’avoue que tu as réussi à piquer ma curiosité, j’essayerai bien cet anime à l’occasion. Déjà j’aime les trucs pour psychopathes purs et cette série me fait un peu penser à Lain donc bravo, tu viens de me convaincre :3. Manque plus qu’à trouver le temps pour maintenant, et c’est pas gagné…

    Posté par Helia, 02 oct. 10 à 01:15
  • Sirius -> j'avoue qu'elle m'a fait atteindre mes limites, pourtant je suis pas du genre sensible à ce genre de sujets ! Mais je crois vraiment que c'est l'enrobage visuel qui m'a fait cet effet, le côté "ketchup" pur de certains films/animes me fait marrer la plupart du temps, alors que là y a même pas moyen...
    Du coup moi qui avait prévu de regarder Shigurui, je sais pas comment je vais le vivre ^^"

    Helia -> enfin, 13 petits épisodes... :3

    Posté par Katua, 03 oct. 10 à 12:01
  • J'ai vu la série la semaine dernière alors autant donner un avis. J'ai trouvé l'intrigue un peu à la croisée d'un Jigoku Shoujo (les méchants envoyés ad vitam) et de Mononoke. Heureusement, il est bien plus raisonnable que le second niveau réalisation et le récit traîne moins en longueur. Mais ce qui m'a dérangé c'est l'agencement du récit. A chaque fois on passe les 3/4 du temps plongé dans l'ambiance sans trop savoir ce qui se passe et à la fin l'histoire est racontée. J'ai pas trouvé la série vraiment effrayante non plus car tout ce qui ressort comme éléments malsains se retrouvent dans les grands mythes de ma jeunesse. Le folklore japonais me laisse généralement de marbre, leur conception de l'horreur aussi. Là j'ai apprécié les éléments de la réalisation, la chute de certains récits et l'ambiance générale mais rien ne m'a marqué outre mesure.

    Posté par Sirius, 12 oct. 10 à 12:20
  • On se rejoint, globalement
    Sauf que moi le sujet de base m'intéresse (beaucoup) ^^ D'ailleurs j'ai décidé d'enchainer sur Mononoke, on verra bien comment je vais le vivre !

    Posté par Katua, 13 oct. 10 à 19:24
  • Merci pour l'article

    Merci pour cet article. Je me souviens d'avoir été le seul à défendre ce titre lors du festival Polymanga. Ce titre a certes des défauts mais ses qualités font de lui un titre à part et de ce fait bien plus intéressant que bien d'autres

    Posté par shinmanga, 17 oct. 10 à 23:31

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