Junk Garage

Dépotoir d'une otaku à temps partiel

04 janv. 11

Rohan au Louvre : THIS IS AARRTTT

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Bonne année à tous, j'espère que votre foie a moins souffert que le mien durant ces dernières semaines ! Histoire de remettre un peu la machine en marche, j'ai choisi de jeter mon dévolu sur mon petit cadeau de Noël fangirlistique et irréfléchi du moment. Oui, aujourd'hui je vais vous parlez du mangaka (fictif) le plus cool au monde, celui qui m'a fait acheter les yeux fermés un bouquin à la qualité potentiellement douteuse. Aujourd'hui, je vais vous parler de Rohan Kishibe et de ses aventures parisiennes.

Tous les êtres humains disant s'intéresser au manga connaissent Hirohiko Araki. Si ce nom ne vous dit rien, je pense que sa série fleuve ne vous est pas inconnue : Jojo's Bizarre Adventure. Et même si vous ne l'avez pas lue (ce qui était encore mon cas il y a quelques mois, avant que je ne me décide à franchir ce pas difficile que je projetais d'accomplir depuis des années) vous en avez au moins entendu parler. Pire, même si vous n'en n'avez pas entendu parler, vous connaissez forcément, parce que cette série a grandement influencé la pop-culture japonaise et a été repompée dans tous les sens et dans divers mangas et jeux-vidéo, ce qui fait que vous connaissez de manière subliminale.
Quoiqu'il en soit, Jojo's est donc un manga long, TRES long, toujours en cours depuis plus de 20 ans
et qui se paye même le luxe d'être toujours aussi bon. Nombres d'éléments font que la série parvient à subsister aux années. Je ne m'étalerai pas dessus car ce n'est pas là le sujet, mais parmi eux il faut quand même citer la galerie impressionnante de personnages. Bien que dans l'ensemble ils aient tous la classe (autant qu'un personnage avec des petits cœurs partout puisse avoir la classe) certains sont plus charismatiques et marquants que d'autres. Parmi eux, il y a donc notre brave Rohan, un des personnages principaux de la quatrième partie de la série, qui s'étale sur près de 20 volumes.

Rohan est un jeune mangaka surdoué et comme tous les bons génies, il est aussi un poil invivable et à moitié fou. Il est considéré et communément admis par beaucoup de lecteurs comme étant une self-insertion de Araki dans son manga. Ce  dernier le nie assez largement (en précisant que lui, a bon caractère) mais on pourra difficilement échapper au fait qu'il aime ce personnage. Il est de ces auteurs chez qui on peut réellement sentir la passion qu'ils éprouvent pour certaines de leurs créations et c'est un peu ce qu'on ressent à la lecture de cette quatrième partie, très personnelle, surtout dans le soin qu'il a apporté à décrire les comportements de certains personnages, dont Rohan fait justement partie. La preuve ultime de son fanboyisme envers sa création est certainement que la majorité de ce que Araki a produit hors Jojo's depuis le début de la série a pour héros ou protagoniste Rohan. Ca ne s'invente pas. Alors, quand s'offre à lui l'opportunité d'écrire une histoire en collaboration avec le Musée du Louvre, on comprend qu'il saisisse l'occasion, lui permettant de toucher de près cette culture occidentale dont il semble raffoler, et de mettre en scène un de ses personnages préféré. On ne s'en plaindra pas, car Rohan est définitivement cool.

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C'est ainsi que nait en 2010 Rohan au Louvre, un one-shot d'une centaine de pages, tout en couleur, et dont les originaux seront exposés un peu partout en Europe avant que le manga ne sorte relié, la France étant desservie avant tout le monde. L'édition est hybride, avec un format qui se rapproche plus de la bande-dessinée franco-belge que du manga tel qu'on l'entend au sens classique du terme (poche et qu'on abîme sans (trop) pleurer), intégralement en couleurs donc, mais respectant le sens de lecture originel. Anecdote comico-pathétique : j'ai constaté qu'on le trouve essentiellement dans les rayons "bande-dessiné" des magasins, comme si le fait d'être relié en carton et d'avoir "Musée du Louvre" écrit dessus permettait subitement à un manga de devenir assez "culturel" (sic) aux yeux des responsables de rayon (ou de quiconque est chargé de ça) pour rejoindre ses confrères franco-belges aux "auteurs indépendants". Soit.

En réalité, Rohan au Louvre se rapproche d'avantage d'un ouvrage comme ceux de la collection Robot, c'est à dire qu'on achètera pour les dessins avant d'acheter pour les histoires (ou peut être que c'est que moi, hum)
Le scénario n'est... Pas mauvais, mais c'est un scénario de one-shot -spinoff même- ce qui implique tout ce qui vous vient à l'esprit lorsque vous lisez ce mot. C'est court quoi. Le scénario nous raconte l'histoire d'un tableau supposément conservé au Louvre et dont le noir serait plus noir que le noir. Ca va donc très vite, avec une bonne dose d'horreur et de fantastique sur la fin, dans une ambiance fumée comme l'auteur les affectionne. J'ai pour ma part nettement préféré la première moitié, très sensuelle, avec des couleurs chaudes qui tranchent nettement avec la noirceur et le bleu presque agressif des passages à Paris. Le travail sur les couleurs et les ambiances est en tout cas excellent.

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Le fait de réutiliser Rohan et donc son sympathique pouvoir qui va de paire -il peut littéralement lire et réécrire dans les gens- fera plaisir aux connaisseurs mais risque de laisser perplexes ceux qui ne connaissent absolument pas la série ou le personnage et qui vont sincèrement se demander d'où diable ça peut bien sortir. Honnêtement, Araki a été plutôt soft sur ce one-shot, j'oserai même presque dire "bridé" (sans mauvais jeu de mots...), mais le taux de bizarrerie moyen de Jojo's étant ce qu'il est, même une version édulcorée peut donner une impression de douche froide pour les néophytes.

A vrai dire, les moins courageux auront certainement déjà fuit devant la couverture, du classique Araki qui rend épileptique à coup d'aplats combo rose-fluo et bleu du "plus bel effet". On retrouve quelques poses bizarres dans le récit, bien que curieusement ça ne semble concerner que Rohan, qui pour l'occasion est quand même fringué à peu près normalement par rapport à d'habitude. Pour ceux qui ne voit pas à quoi ressemble le style de l'auteur depuis quelques années, je vous annonce une bonne grosse claque au programme. C'est du niveau des doubles pages orgasmiques qu'il produit pour Steel Ball Run, mais en couleur (je n'ai malheureusement pas réussi à trouver autre chose que les trois pauvres planches présentées ici...) En fait Rohan au Louvre, c'est davantage un joli artbook et un bel objet de collection qu'un bon manga. Tout au mieux sympathique mais aussi vite lu que oublié, je le réserverai vraiment aux inconditionnels de la série. Pour le néophyte, j'ai bien peur que ça joue dans le "ça passe ou ça casse".

Reste que Rohan est cool.

Posté par Katua à 11:18 - Mangas - Permalien [#]
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