Junk Garage

Dépotoir d'une otaku à temps partiel

19 janv. 11

Simoun, une célébration de l'enfance

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Simoun est un anime étrange que j'ai commencé un peu par hasard et certainement pas en m'attendant à ce qui allait m'arriver. Son chara-design "chatoyant" peut effrayer, son premier épisode est un vrai paquet de nœuds et il est bourré de techno-blabla assez risible. Pourtant il se révèle être un anime intéressant, parce qu'il a des choses à dire et parce qu'il les dit bien. Typiquement le genre de séries sur lesquelles on peut déblatérer des pages et des pages d'interprétations plus ou moins pertinentes juste parce qu'elles suscitent en vous cette envie de vous étalez longuement sur le sujet. Depuis le temps que ça entrait dans mes projets, depuis le temps que je vous le promettais, le voilà, mon exutoire.

 

[Youen Naru Kizuna no Hibiki] Sahashi Toshihiko

Le monde dans lequel se déroule notre intrigue est régi par des lois naturelles pour le moins étranges. En effet tout le monde, sans exception, y naît dans un corps de femme. Dans la théocratie de Simulacrum, on croit dans un dieu tout puissant, Tempus Spatium, et à l'âge de 17 ans les adolescentes doivent choisir leur sexe définitif grâce à une cérémonie mystique baptisée le Printemps.
L'élite des jeunes filles qui n'ont pas encore décidé de leur sexe peut rentrer dans les ordres et devenir
Sibylla (prêtresse) Les Sibyllae sont les seules à pouvoir piloter les Simoun, des machines volantes d'une technologie inconnue et vénérées comme des objets sacrés. Leur principale caractéristique est qu'ils peuvent tracer dans le ciel des figures aux effets curieux, tantôt protecteurs, tantôt destructeurs : les Ri-Maajon.
Mais les Simoun attisent surtout la convoitise des pays voisins, qui veulent s'en emparer pour en étudier les mécanismes et ainsi sauver leur pays d'une catastrophe écologique imminente, conséquence d'une civilisation progressiste basée sur l'industrie.
Face à leurs assauts de plus en plus pressants, les hautes instances de Simulacrum décident d'utiliser les prêtresses et les Simoun comme
armes de guerre.

Amuria
et Neviril sont Sibyllae à bord de l'Arcus Prima -un gigantesque vaisseau- et se battent sans prendre vraiment conscience de ce qu'elles font. Pourtant, un jour, Amuria est tuée.
Neviril perd alors soudainement foi en tout ce qui jusque là l'avait construite : son rôle de femme forte
 , sa prétendue « pureté », son Dieu et cette société dans laquelle elle évolue.

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La première chose qui choque, c'est cet espèce de prétexte qu'ont trouvé les scénaristes pour ne mettre que des personnages féminins -ou presque- dans leur histoire. A vrai dire, c'est assez risible au début car ça pue le fanservice facile et autant être honnête, s'en est bien. Les différents artworks qu'on peut trouver sur le net n'aident pas non plus à donner une image autre que "lol!yuri" à la série, qui  dans les faits ne s'embarrasse pourtant pas de ecchi...
Là où l'anime va néanmoins réussir à tirer son épingle du jeu, c'est qu'il exploite très bien ce côté bizarre ainsi que les très nombreuses thématiques qu'il aborde. C'est comme si l'apparence racoleuse était juste là pour capter l'attention du gentil spectateur et ainsi mieux permettre aux scénaristes de se lâcher et d'offrir une œuvre finalement assez recherchée et très personnelle.

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Simoun se révèle en effet très vite être plus qu'un anime yuri avec des filles aux cheveux de couleurs étranges. Il est dur, cruel même parfois, mais faisant preuve d'une certaine virtuosité dans sa façon de jongler avec les thématiques.
Aussi je n'ai pas souhaité faire une critique de la série (lisez celle de Aer) mais plutôt la décortiquer, bien que l'attention que je lui porte traduise à mon avis largement mon opinion à son égard. Il y a beaucoup d'aspects à traiter et à analyser sur cette série et je dois avouer que même après avoir fini de rédiger cet article, en glanant vers d'autres blogs, j'ai réalisé que je n'avais pas forcément touché les mêmes points que les autres, ce qui est très stimulant et frustrant à la fois. Je n'ai pas non plus parlé de tout ce que je voulais, mais bon, faut savoir s'arrêter à un moment.

C'est garanti sans spoilers
.

 

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Syndrome de Peter Pan

 

[Kanashimi no Simoun Shivuyura] Sahashi Toshihiko

On sait bien à quel point la thématique du passage à l'âge adulte fascine les Japonais, on la retrouve dans tellement de mangas qu'il serait impossible d'en dresser la liste. Simoun suit cette même voie mais aborde le problème d'une façon assez originale, culottée même.

L'opposition entre le monde de l'enfance et celui des adultes est à la base de la série. Les héroïnes sont contrôlées et obéissent aux ordres d'adultes. Pour autant au début ces deux univers ne s'entre-croisent que très peu et cohabitent pacifiquement tout au plus. C'est quand les deux commencent à se mélanger que les problèmes surviennent. En effet, la totalité de l'histoire de Simoun nous est comptée à travers les yeux naïfs et innocents des adolescentes, aussi leurs courtes intrusions dans le monde des adultes, via le moteur de la guerre, n'en sont que plus violentes et terrifiantes. Par opposition à leur univers de prière et d'insouciance, celui des adultes est le reflet d'une société bâtie sur des règles et des responsabilités -deux notions ignorées des enfants- qui impliquent en conséquence un certain nombre de décisions à prendre.

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Le premier choix et le plus symbolique est certainement celui que doivent prendre les adolescentes le jour de leurs 17 ans en se rendant à la Source pour choisir leur sexe.

On n'assiste réellement qu'une seule fois à l'intégralité de la cérémonie du Printemps, au tout début de la série. Pour fuir la guerre, les Sibyllae désertent en masse en se rendant à la Source. Eri est l'une d'entre elles.
La jeune fille en ressort physiquement et psychologiquement bouleversée : elle qui y voyait une issue pour échapper à la guerre et trouver une nouvelle liberté, explose en sanglots, comme déchirée au plus profond d'elle-même. On comprend que ce n'est pas tant le choix qu'elle a fait en lui-même qui la fait pleurer, mais davantage le simple fait d'avoir eu à faire un choix.
Cette étape passée marque le début de sa vie d'adulte, qui sera elle aussi ponctuée de choix douloureux sur lesquels il lui sera impossible de revenir, tout comme elle ne pourra plus jamais voler dans les Simoun et rigoler gentiment avec celles qui étaient ses amies. Comme pour marquer cette fracture, les personnages qui se rendent à la source disparaissent complètement de la série.

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C'est réellement plus cette crainte de « non-retour » que de quelconques convictions personnelles qui fait que les héroïnes ne désirent pas devenir adultes et se cramponnent à leur enfance de toutes leurs forces au fil des épisodes.
Elles ne souhaitent pas la quitter, aussi inconfortable soit-elle dans le contexte de la série, et dire ainsi adieu à leurs jours de tendresse et d'innocence où elles pouvaient rire de tout et se chamailler sans entrainer de graves conséquences. Les prétextes dont elles usent pour échapper au Printemps sont variés mais ne sont rien face à leur volonté de rester enfants.

Ce choix fait au Printemps est déterminant à bien des niveaux, ne serait-ce que du point de vue purement sexuel. L'homosexualité ne semble en effet poser problème à personne tant qu'elle a lieu entre les Sibyllae -qui ne sont jamais que des enfants- mais dès lors qu'on devient adulte, il existe un véritable tabou. Cette pression morale est incarnée et vaguement abordée par les deux commandants de l'Arcus Prima, qui ont eu la mauvaise idée de devenir tous deux des hommes malgré leur attirance réciproque et qui se retrouvent donc victimes des règles guidées par la société dans laquelle ils évoluent. A travers les Sibyllae, ils retrouvent une partie de leur enfance désormais lointaine, période à laquelle tout leur était permis.

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Cet immense fossé entre le monde de l'enfance et le monde adulte prend toute sa dimension dans les différentes relations qui naissent entre les héroïnes.

Est-ce vraiment de l'amour ou même de l'amitié ?
Ces filles ne sont en fait liées que par leur devoir, d'abord religieux puis guerrier, elles ne se connaissent même pas. Elles cohabitent et s'entre-aident avant tout pour survivre et c'est dans la douleur seule que finalement elles s'écoutent. L'impression est renforcée par le fait que bien qu'elles évoluent en groupe -elles sont 12 au total- elles ont chacune leurs propres préoccupations et désirs qui ne gravitent que rarement envers l'ensemble du groupe.
Elles qui ne comprennent même pas la portée de leurs actions peuvent-elles vraiment saisir la subtilité réelle des sentiments ? La série a tendance à nous dire que non. La déferlante de sentiments à laquelle on assiste survient souvent dans une simple envie de s'en sortir ou de grands moments de peine. Comme si à l'image du reste de leur enfance, tout cela n'était finalement qu'une simple page destinée à être tournée, les conséquences seront souvent minimes.

C'est ce que Neviril fini par comprendre alors qu'elle essaye de faire le deuil de son amie. Ce qui est passé n'est plus à refaire, le bon comme le meilleur, mais on ne doit pas non plus l'oublier sous peine de s'oublier soit-même.

 

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Nous ne sommes que des enfants

[Josei Kokka Dai Yon Gakushou -Josei Kokka Kakuritsu] Sahashi Toshihiko

Cette nostalgie déborde partout dans la série et pas seulement à travers les adultes, mais aussi via les adolescentes qui sentent que cette "jolie" période de leur vie est en train de s'éloigner à grand pas.
En tant que spectateur, on fini aussi par ressentir ce sentiment aigre-doux, que ça soit par rapport à notre propre expérience (qui n'éprouve pas de nostalgie ?) mais aussi par rapport aux personnages de la série, qu'on aura vu évoluer durant quand même un certain nombre d'heures, mûrir, rire, pleurer, puis se résigner devant leur sort.

Pour autant, ce monde des adultes ne semble effrayant que parce qu'elles n'en connaissent pas la réalité. Elles qui vivent coupées du monde « réel » ignorent tout ce que l'âge adulte pourrait leur apporter de bon, elles n'en gardent en fait que les aspects négatifs évoqués plus haut, à savoir les obligations morales et sociales. Du fait que toute la série se passe de leur point de vue à elles, on est en tant que spectateurs exactement dans la même situation. On se rend compte par moments que nos sentiments auraient certainement été complètement différents si le parti pris avait été au contraire de tout nous montrer du point de vue des adultes. Cette enfance à laquelle on s'attache nous aurait alors certainement parue encore plus violente et destructrice que la façon dont on la perçoit déjà avec la mise en scène employée.

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En effet, paradoxalement, c'est précisément le fait d'être encore au stade de l'enfance qui conduit les héroïnes à devoir aller se battre.
Leur jeunesse ou plutôt l'innocence qu'elle est sensée véhiculer, est le seul vrai moteur des Simoun. Derrière les rires et les bagarres amoureuses sans intérêt se cache un profond malaise, celui d'avoir été forcées de tuer, de se souiller, là où jusqu'à présent elles étaient intouchables. Leur propre dieu envoi finalement ses chères prêtresses, ses enfants sacrés à l'abattoir et leur impose un dilemme d'autant plus cruel que l'issue n'en sera forcément que douloureuse : devenir adulte et dire adieu à sa vie passée ou rester dans l'enfance et tuer ?
Sans qu'elles ne semblent le réaliser ou même l'admettre, ce cocon de l'enfance dans lequel elles se réfugient est devenu leur cercueil.

La symbolique est forte lorsqu'on voit nos héroïnes raser une ville pour protéger leurs soldats et abattre par la même occasion, au sens propre comme figuré, leur dieu, en détruisant des dizaines de vies mais aussi sa statue, qui se brise en éclats dans les flammes.

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C'est cette descente aux Enfers qu'on est amené à suivre tout au long de la série. Par petites touches, doucement mais sûrement, nos héroïnes sont comme tirées d'un beau rêve et confrontées d'extrêmement près à la guerre, forcées à faire des choses dont elles ne se seraient jamais crues capables. Ça commence dès le premier épisode avec une scène particulièrement marquante : Neviril regarde l'homme qu'elle va abattre dans les yeux et elle comprend qu'elle est à la guerre et que si elle tire, elle va tuer quelqu'un. C'est cette hésitation d'une fraction de seconde qui va entrainer la mort de Amuria et lui faire comprendre, à elle avant toutes les autres, l'horreur de la situation.
Plus personne n'a d'estime pour elles en tant que figures sacrées, elles ne sont tout au plus que des armes de guerre qu'on manipule à coup de langue de bois pour remporter un conflit dont tous les enjeux leur échappent autant à elles qu'à nous.

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Dans l'hélice se lisait l'éternité

[Ashita he no Yuuki] Sahashi Toshihiko

Le Simoun est normalement utilisé pour prier, les formes qu'il trace dans le ciel sont d'une grande beauté et ses pilotes sont considérées comme des être purs et sacrés. Mais à côté de ça, le Simoun peut détruire, plus encore, il est véritablement une arme jouissant d'un avantage technologique tel que même les habitants de Simulacrum n'en comprennent pas le fonctionnement. De la même manière, l'Arcus Prima, autrefois un vaisseau de plaisance, est réquisitionné et sert d'avant poste pour envoyer les soldats au front. Simulacrum, le simulacre, n'est-il pas tout simplement le pays du faux-semblant ?
Ce même Simoun qui apportait aux prêtresses leur statu de quasi-divinités les transforme rapidement en soldats. Il est à la fois la source de leur joie passée et de leurs malheurs, incarne leur enfance et leur fin. Dans les deux hélices en mouvement perpétuel qui lui permettent de s'élever dans les cieux se dessinent l'éternité, le cycle continu de la vie et le flot du temps.

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Une éternité à laquelle aspirent nos héroïnes, chacune à leur façon, certainement le seul moyen pour elles de rester comme elles sont et d'échapper à un monde en changement constant et victime de gros bouleversements. Les adultes et leurs conventions sont pourtant là pour les pousser à bouger, leur dieu et leur monde lui-même les y forcent.

Qu'arrive-t-il à une Sibylla, et plus généralement à quelqu'un qui refuse de devenir adulte ?
Grandir n'est-il pas dans la nature des choses, même si on le refuse ?
Dans notre société, il y a une véritable critique de l'homme-enfant : on peut difficilement dire qu'il est socialement admis, il y a un vrai tabou sur la question. Dans Simoun cette pression n'est pas tant morale que physique. En effet, la puberté dans la série est abordée de façon très brutale, symbolisée par le changement de sexe.
Or, que se passerait-il si tous les habitants de ce joli monde refusaient de grandir ? Il n'y aurait peut être plus de guerre, puisqu'elle est du ressort des adultes, mais ça serait surtout la fin de leur civilisation, puisqu'ils seraient incapables de se reproduire. Le fait de grandir est donc pour eux essentiel d'un point de vue non-seulement moral, mais aussi biologique. Le choix d'aller ou non à la Source pour décider de son sexe tient plus de l'ultimatum qu'autre chose, pourtant les personnages continuent d'aspirer à cette stagnation, cette espèce d'éternité, cloîtrés dans leur enfance, immobiles et sereins.
Même si au dernier moment vous doutez, même si vous ne parvenez pas à décidez si vous souhaitez être un homme ou une femme, même si vous ne vous sentez pas près... Vous n'avez pas le choix, on choisira pour vous parce que devenir adulte est dans l'ordre des choses.

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Amuria est parmi ces personnages qui souhaitent s'élever au-delà des nuages, une façon d'échapper à tout contrôle, y compris celui du temps. Elle s'y attache en tentant d'effectuer une figure interdite et aux effets inconnus, ce qui a pour résultat de la propulser hors de toutes ces préoccupations, mais certainement pas dans le sens qu'elle espérait, puisqu'elle est pulvérisée dans l'exercice.
Ironiquement, cette figure c'est le Ri-Maajon d'Emeraude, une pierre sensée symboliser... l'immortalité.

D'ailleurs, quel nom plus fort et plus symbolique que Tempus Spatium auraient-ils pu donner à ce dieu quand la base même de l'histoire est justement le temps ? Celui qui y échappe, c'est celui qui est l'espace-temps, c'est juste Dieu lui-même. Un adversaire, vous en conviendrez, bien difficile à combattre.

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Pour l'amour de Dieu


[Denen] Sahashi Toshihiko

Le traitement de la religion, intimement liée à la guerre, est assez intéressant puisqu'il met en avant la langue de bois dont font preuve les hautes instances religieuses pour mieux manipuler les gens et surtout en l'occurrence les Sibyllae. On ne dira pas "je vais me battre" mais "je prie Dieu", par exemple. Pourtant la série ne critique pas la religion en elle-même, mais vraiment l'utilisation qui en est faite.
Si beaucoup de personnages remettront leur foi en question tout au long de la série, d'autres resteront fidèles à leurs croyances et ce de façon inébranlable. Quand ils voient leurs propres représentants religieux piétiner allègrement tous les principes qu'ils leur inculquaient depuis toujours, la pilule passe assez mal. Mais juste parce que sans foi, ils n'ont plus rien sur quoi s'appuyer, ils continuent malgré tout de croire.

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Peut être simplement parce que dans ce monde où chacun est destiné à changer, la foi et la croyance sont immuables. Les Ruines, les statues, les rites et les Simouns eux-mêmes ont résisté à l'épreuve du temps. Leur signification réelle a peut-être été oubliée et leur utilisation détournée, mais ils restent ce qu'ils sont et marquent l'identité culturelle et religieuse du pays.

Une civilisation très clairement passéiste par ailleurs, surtout comparée à ses adversaires qui adoptent un comportement au contraire bien plus progressiste.
Plumbum
et Argentum, nommés d'après des métaux pour évoquer instantanément l'industrialisation, ont quasiment abandonné toute forme de croyance, leurs prêtresses ne semblant être bonnes qu'à aller se faire sauter sur l'ennemi sous couvert d'un fanatisme assez prononcé. Le sexe des habitants est modifié génétiquement à l'aide de traitements lourds dès leur naissance. Cette civilisation qui a tourné le dos à la nature même de son peuple et à ses propres fondements en subit les conséquences, à savoir une forte pollution et une vie vraisemblablement misérable dont on n'entreverra pas grand chose dans la série. Comme si Dieu lui-même les punissait pour s'être éloignés de son enseignement, le message n'est pas sans rappeler la morale écologiste d'un Miyazaki.

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Pourtant que ce soit le passéisme de Simulacrum ou le progressisme de ses adversaires, aucun des deux camp n'est montré comme meilleur que l'autre. Le premier est un joli objet au fond douteux, les second derrière une apparence hideuse et des méthodes peu défendables ne cherchent qu'à sauver leur pomme. La seule certitude qu'on nous laisse entrevoir c'est que la situation actuelle est la cause des agissements irresponsables des deux parties, Simulacrum préservant jalousement sa technologie et les autres entretenant une admiration et une rivalité presque maladives envers lui.

Le dialogue de sourds qui caractérise leurs relations politiques, et ce au sein même d'un seul pays par ailleurs, n'a pour contre-poids que la grande tolérance dont font preuve leurs prêtresses respectives. Elles sont jeunes et ne connaissent peut-être pas grand chose à la vie mais paradoxalement, ce sont elles mieux que les adultes qui parviennent à comprendre que la paix et l'harmonie ne naissent que du respect de l'autre et du pardon, deux notions au fondement de toute religion.
C'est certainement dû au fait que l'univers dans lequel elles évoluent est imprégné de cette espèce de naïveté presque touchante caractéristique du monde tel qu'il est vu par les enfants. Même les mains tâchées de sang, elles font preuve d'une tolérance et d'un amour sans limite qu'elles s'attachent à entretenir en gardant la tête haute en toutes circonstances. Une forme de rébellion passive, pour montrer qu'elles s'opposent à ce qu'on leur fait faire sans pour autant user des stratagèmes qu'elles critiquent.

"La plus grande forme d'amour, c'est l'amour de Dieu" nous dit-on.
Un amour inconditionnel et tout-puissant, incarné dans la série par la Grande Prêtresse Onashia, personnage tragique qui semble payer cette dévotion et transmettre cet amour au prix de tout son être. Ce message, les autres adultes de la série, responsables religieux ou non, semblent l'avoir oublié.

 

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Regrettez-vous votre enfance ?

Malgré toute cette nostalgie, cet arrachement presque barbare de nos héroïnes à leur enfance, Simoun n'est pas une série pessimiste. Elle ne fait pas un éloge de l'enfance par contraste avec l'âge adulte mais la célèbre comme une partie essentielle de la vie, la morale étant que ce qui compte le plus ce n'est pas l'âge mais avant tout l'accomplissement de soi. Ce travail personnel, nos héroïnes le feront tout au long de la série pour pouvoir, même face à la mort ou à un avenir incertain, sourire et embrasser la vie, en paix avec elles-mêmes.

Aa.e.ru.

 

Posté par Katua à 10:40 - Japanime - Commentaires [5] - Permalien [#]
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Commentaires

    Très bon article. J'avais envisagé à l'époque d'inclure ce genre de réflexion dans mon article mais il était déjà bien trop long. Content que quelqu'un ait repris le flambeau.

    J'aurais apprécié par contre que tu touches deux mots sur l'épisode final et le "choix" final d'Aaeru et Neviril, étant hautement symbolique. Bon après, spoiler free ca n'aurait pas été évident ^^.

    Un article à faire lire à ceux qui hésitent à voir la série !

    Posté par Aer, 19 janv. 11 à 14:00
  • Je suis contente que l'article te plaise car je dois avouer que le tien me mettait la pression ^^" Finalement je trouve qu'ils se complètent bien niveau contenu, ce qui est pas plus mal

    J'ai tendance à éviter de partir dans le spoiler, d'où le fait que je n'ai pas tenu à parler de la fin (pourtant dieu sait que je l'adore et qu'il y aurait des tonnes de choses à dire dessus) J'ai souvent du mal à voir la limite du tolérable au niveau du spoiler, surtout qu'elle se situe à des niveaux différents selon la personne en face. Du coup j'ai joué la prudence ou le "grand vague" :p

    Posté par Katua, 19 janv. 11 à 17:40
  • J'ai pu écouter tranquillement les musiques que tu avais mis aussi, heureux de voir qu'Ashita he no Yuuki fait partie de tes favoris o/. La musique qui bute par excellence.
    Surpris de ne pas voir la musique de la Source par contre.

    Il te mettait la pression ? Tu m'en vois désolé, c'était pas le but ^^". Mais oui ils se complètent super bien, j'aime beaucoup. C'est ce que je recherche dans cette blogosphère, des interactions.

    Pas de problèmes niveau spoiler sur ton texte je pense, c'est assez vague pour que la personne n'ayant pas vu ne devine pas.

    Posté par Aer, 20 janv. 11 à 01:44
  • Je préfère les musiques qui bougent. L'intérêt de la démarche était d'éviter d'endormir le gentil lecteur et de le motiver à tout lire, mais je ne sais pas si c'est très réussi ^^"
    Et mettre la pression, c'est bien parfois

    Posté par Katua, 20 janv. 11 à 14:02
  • Merci pour cet article qui m'a encouragé à revoir Simoun alors que j'avais abandonné à mi-chemin il y a 5 ans... Article d'autant plus intéressant qu'il offre une autre approche, très complémentaire avec les multiples interprétations de la fin qu'on retrouve un peu partout. Une série à voir!

    Posté par Sirius, 12 sept. 12 à 18:07

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