Junk Garage

Dépotoir d'une otaku à temps partiel

12 avr. 11

Loups=Garous ; {moe+hacking}confusion²

affiche1Je continue ma découverte de l'univers de Natsuhiko Kyôgoku avec ce long-métrage adapté l'an dernier d'un de ses romans. Si Requiem from the Darkness s'était avéré être une bonne pioche, je n'étais pas spécialement attirée par Loups=Garous et ce qu'il prétendait être. Bien évidemment, je me doutais que la créature en question n'allait apparaître que de façon métaphorique, mais c'était plus l'idée de me retrouver face à de la science-fiction qui me déplaisait -je n'ai rien contre la SF, mais avec cet auteur ça fait bizarre. Les premiers retours n'étant pas franchement élogieux non plus, j'y suis un peu allée à reculons.


Le monde dans lequel l'histoire prend place est une contre-utopie futuriste à la sauce 1984 où les moindres faits et gestes des gens sont conditionnés et observés très scrupuleusement par des caméras placées un peu partout. C'est dans ce contexte fort riant qu'on suit 4 collégiennes qui désirent chacune à leur façon  échapper à ce système. L'histoire débute alors que l'une d'entre elle, poursuivie par des hommes masqués, disparaît. D'autres jeunes filles ayant disparues dans un contexte similaire et ayant été retrouvées vidées de leurs organes, la police conclue à l'oeuvre d'un tueur en série et une enquête débute.

Ce synopsis, est, grosso-modo, valable pour la première moitié du film. Petit à petit, différentes sous-intrigues se développent et s'ajoutent à l'intrigue principale. Dans Loups=Garous vous retrouverez donc pleins de pistes qui partent dans tous les sens et qui, idéalement, auraient dû se recouper dans un final magnifique et bien pensé.
Idéalement. Dans les faits, c'est malheureusement nettement moins brillant. Par manque de temps, de structuration, d'efficacité, le film s'engouffre malheureusement dans la médiocrité...

9
Nos héroïnes

Mais revenons-en un peu à nos moutons. Des différentes critiques que j'avais pu lire, le consensus était que le film était assez ennuyant et lent. Je connais ma tolérance aux films au rythme aussi rapides qu'un escargot asthmatique en plein effort, sans surprise je ne me suis donc pas ennuyée devant, même si je comprends que certains puissent s'endormir sur le début. En effet, durant approximativement 45 minutes, le film s'attarde sur notre groupe d'ado et leurs réunions secrètes. J'ai surtout apprécié l'ambiance bon-enfant couplée au délire hacking, l'une des héroïnes piratant les traceurs des autres pour leur permettre d'être invisibles aux yeux des caméras -et donc libres.

En ce sens, le choix d'un chara-design minimaliste se justifie très nettement, même s'il est assez perturbant au début. On peut en effet légitimement se demander ce que font ces filles à grands yeux dans un thriller futuriste. Si la patte des chara-designers de Blood+ se ressent très nettement à travers le personnage d'Ayumi (Saya es-tu là ?), l'héroïne Makino m'a instantanément fait penser à Yui de K-On!, d'autant plus que son comportement timide et maladroit renforce l'impression qu'elles ont été séparées à la naissance. Et je ne vous parle pas du moment où elle sort une guitare...
Oui, Makino est une boulette. Elle est vraiment inutile de bout en bout. Là où un Sekiguchi ou un Momosuke, pas moins crétins, tiraient leur épingle du jeu grâce à un côté psychopathe latent, Makino est désespérante de non-relief. Etait-elle vraiment aussi moe et crétine (euphémisme ?) dans la version d'origine, ou bien est-ce le passage à l'écran qui l'a rendue aussi pénible ? Excellente question à laquelle je n'ai malheureusement pas la réponse.

vlcsnap_2011_04_10_00h15m20s177C'est joli quand même.

Le reste du casting est à l'image de la dualité Ayumi/Makino : des personnages à jeter, d'autres forts sympathiques à défaut d'être attachants. J'ai regretté que le duo d'enquêteurs n'apparaisse finalement que si peu, j'ai toujours eu un faible pour ce genre de figures dans les séries ou films. Malheureusement, leur manque de screentime est également synonyme d'un développement très faible de cette partie de l'histoire, qu'on aurait pourtant pu imaginer comme étant au centre du récit, ou du moins d'importance similaire aux aventures de nos jeunes amies.
Dans sa seconde moitié, après un retournement de situation assez savoureux, le film s'emballe. Hé, il ne nous reste que 45 minutes pour développer tous les sous-entendus et recoller les morceaux ! Est-ce que c'est assez ? Clairement, non.

vlcsnap_2011_04_10_00h18m24s228Au moins il y a des morts

Il eut peut être été plus judicieux de repenser autrement l'adaptation. C'est évidemment un travail qui demande des coupes et là n'est pas mon problème. Là où ça cloche, c'est que ces coupes sont mauvaises, mal pensées et que la cohérence globale en prend un coup en conséquence.
Exemple : quand à la question "mais pourquoi l'avoir attaquée ?" on vous répond au bout de 20 minutes de film "peu importe", on se dit qu'on va avoir une vraie explication par la suite.
Asseyez-vous dessus. En fait, il y en a eu une. Mais c'était tellement pas clair, débile et mal amené que mon cerveau a préféré oublié.
A un moment le montage est tellement confus que je me suis demandée si la scène n'était pas un flash-back, car il me paraissait inconcevable qu'elle puisse se produire chronologiquement juste après la précédente...

vlcsnap_2011_04_10_00h17m40s49Oui, celle-là...

L'image du Loup Garou devient de plus en plus envahissante au fur et à mesure qu'on progresse dans le film, avec les classiques métaphores de dévoration qui hantent nos contes et légendes. Je me suis un peu consolée avec la scène très Kyôgoku-esque d'un personnage avalant un bout de steak et digne des moments les plus croustillants de ses autres oeuvres, tout en suggestion...
Malheureusement, cette scène aura été la seule de la dernière heure à me faire vraiment vibrer. Oui, en être réduite à délirer sur un type qui mange un steak pendant 2 secondes chrono, ça veut tout dire.

Le manque d'implication du spectateur tue le film. Il réuni tout ce qu'il faudrait pour plaire (même des sous-entendus yuri !!) mais au niveau de la direction il pêche complètement.
Passé un certain stade, tous les enjeux se recoupent maladroitement, comme dans une ultime tentative de refaire le puzzle à coup de massue et de super glu. Ca en est presque douloureux à voir, car à peine les informations sont elles données au spectateur qu'elles sont immédiatement reliées bizarrement au reste du scénario...

vlcsnap_2011_04_10_00h19m09s170Un flash-back (malheureusement) sans impact

Individuellement, chaque sous-intrigue de Loups=Garous aurait pu fonctionner. Sur un format plus adapté et donc plus long, elles auraient clairement pu trouver chacune leur place dans le récit, mais en 1h40 c'était clairement impossible. Au final, on a des choses dont on ignore pourquoi elles sont là et qu'est-ce qu'elles ont concrètement à apporter au récit, comme Rei Myao, stéréotype de la Chinoise qui fait du kung-fu et dont on ne comprend rien à qui elle est, ce qu'elle fait là et quelle peut bien être son utilité à part être increvable et donner des bonnes scènes de baston.
Oui, au moins le film est sauvé sur le plan technique. C'est en-dessous de ce que fait IG d'habitude, très en-dessous même, mais les scènes de combat ont du punch et les décors sont soignés, tout comme les jeux de lumière. Vous me direz, avec un chara-design aussi simple, il aurait été dommage que l'animation ne soit pas bonne...

56
J'ai toujours su que le Lutin Bleu était maléfique !!

Loups=Garous n'est malgré tout pas un film spécialement déplaisant pour peu qu'on débranche son cerveau. Et c'est bien là le problème : ce qui était vendu comme un thriller sauce SF est une intrigue policière passée à la moulinette pour tenir dans un format vraisemblablement peu adapté. Il en ressort un formidable manque d'ambition -ou peut être ont-il justement fait preuve de TROP d'ambition à vouloir tout caser en 1h40 ?

En réalité il est difficile de déterminer si la faute en incombe aux personnes derrière l'anime ou au roman en lui-même. Les idées sont en tout cas bien là, les possibilités et le potentiel aussi. Le vrai manque, c'est la cohérence et la cohésion, ce qui est ballot pour un scénario de ce type.

Je crois malgré tout avoir été assez intriguée pour laisser sa chance au roman, qui a été traduit en Anglais. Oh, peut-être pas tout de suite, mais un jour en tout cas j'y jetterai un coup oeil. Peut être que j'y découvrirai ce que Loups=Garous, le film, n'a pas été : une histoire bien racontée.

118
On se console avec du MOE ??

Posté par Katua à 17:37 - Japanime - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

Commentaires

    Je n'ai pas encore jeté un œil au roman mais j'avais lu il y a quelques temps un article de quelqu'un qui l'avait lu avant de regarder le film, et qui confirme que ce dernier est beaucoup trop incohérent en plus de s'attarder sur des passages inutiles (surtout au début du film) et de sauter des scènes-clés.

    Donc il faut croire que cette version film de Loups=Garous, comme tu le dis, n'était pas une histoire bien racontée. Je trouve que c'était quand même un gâchis (1h40 c'est peu pour tout adapter), mais je vais peut-être aussi donner une chance au roman un de ces quatre.

    Posté par Exelen, 13 avr. 11 à 02:21
  • Je te rejoins ton avis (sauf dans ta proportion à mettre du gras partout) : Loups=Garous est un petit film sympathique, sentiment qui colle mal aux ambitions de son scénario et à sa violence. Normalement, le format film ne peut se permettre de produire des titres juste moyen, pourtant celui-ci est effectivement juste moyen, sans être désagréable pour autant. Je ne regrette pas de l'avoir regardé, mais il ne m'a pas tellement fait plus d'effet qu'un K-On! ; un comble compte-tenu des sujets abordés.

    Posté par Gemini, 13 avr. 11 à 13:20
  • Exelen -> merci pour les précisions. Quelque part c'est peu étonnant, mais à te lire on dirait que ça a vraiment été un massacre total... Du coup ça me rend encore plus curieuse vis-à-vis du roman.

    Gemini -> je crois que le suremploi du gras vient de ma tendance à massacrer mes cours à coup de sur-ligneur ^^"
    Sinon je suis d'accord avec tout ce que tu dis. Limite ça aurait mieux fonctionné s'il était resté sur ce qu'il propose au début. Ca n'aurait pas été transcendant, mais en tout cas ça aurait été en accord avec la façon dont il aborde les choses et surtout, avec le format.

    Posté par Katua, 13 avr. 11 à 18:03
  • Katua -> j'ai retrouvé la critique en question qui fait la comparaison entre le film et le roman : http://cuteproxy.wordpress.com/2011/01/01/loupsgarous-novel-versus-anime/

    Posté par Exelen, 14 avr. 11 à 09:04
  • Merci ! Pire que ce que j'imaginais... C'est marrant car en lisant l'article on fait d'un coup beaucoup plus le rapprochement avec le reste des œuvres de l'auteur -je pense à la "référence" à Mouryou no Hako, notamment.
    A lire, à lire...

    Posté par Katua, 14 avr. 11 à 10:01
  • Mmh.

    Dommage, ça avait l'air bien, bon.

    Snif.

    Au fait, je suis TRES CHIANTE mais une contre-utopie= une dystopie

    N'empêche, je préfère "contre-utopie" que ce terme barbare et affligeant.

    Posté par Al, 15 avr. 11 à 00:36

Poster un commentaire