Junk Garage

Dépotoir d'une otaku à temps partiel

03 févr. 10

Le dessin à portée de clic

En fouillant dans les vieux CDs de données de feu mon ancien PC, je suis retombée sur les crottes visuelles datant de l'époque où je pratiquais plus ou moins assidûment l'oekaki.
Oekaki, kézako ?
Ceux qui apprécient le fanart et fréquentent des lieux louches doivent connaitre, tout comme ceux qui ont un jour tenté d'aborder le périlleux art du dessin sur ordinateur.

"Oekaki" est un mot japonais largement utilisé pour désigner une méthode de dessin fun et conviviale qui a vu le jour sur internet. Le principe est simple : le dessinateur s'inscrit sur un site où sont mis à sa disposition en ligne des logiciels de dessin fonctionnant sous Java. Il dessine, puis poste son dessin qui apparait alors sur une image board où les gens de passage auront tout le loisir de commenter, voir noter son bousin.

oekakibbs

Là où tout commença.

 

Surtout développé sur des sites japonais, le principe de l'oekaki existe néanmoins dans toutes les langues possibles et imaginables. Contrairement aux galeries type DeviantArt qui visent surtout à flatter le propriétaire des lieux, l'oekaki mise sur la convivialité et la simplicité, deux mots malheureusement assez exclus du vocabulaire de la plupart des dessineux de la toile.

Dessiner sur ordinateur est en effet quelque chose qui est assez technique, d'où le fossé énorme qui peut se créer entre ceux qui savent faire et les autres. Le principal problème est que pas mal d'idées reçues circulent sur le sujet, des idées que l'oekaki détruit à la chaine.

 

Idée reçue numéro 1 : j'y connais rien, je suis une daube en dessin donc ça ne m'intéresse pas

Ca tombe bien, l'oekaki fait progresser. Il y a très honnêtement peu de défauts au système, qui est le must pour se faire critiquer et recevoir des conseils. De la même manière les logiciels sont assez simples pour qu'on comprenne comment s'y prendre en bidouillant un peu et aussi assez puissants pour arriver à faire de bonnes choses. L'essentiel est de trouver une communauté dans laquelle on se sent à l'aise. Il y a eu durant un temps une tendance qui faisait que des sites consacrés à une ou plusieurs œuvres ouvraient leur propre board oekaki, un peu comme on ouvrirait un forum. L'idée était sympathique car contrairement aux sites complètement dédiés à ça, le but était de réunir des membres d'un fandom avant de réunir des dessinateurs. Au final, la plupart les gens dessinaient assez mal, mais les délires étaient nombreux et on évoluait dans une ambiance bon-enfant, ce qui avait tendance à souder encore plus les différentes communautés. Ce genre de board existe toujours, en quantité plus réduite. Quand on aime une œuvre, il ne faut pas hésiter à s'y inscrire, c'est une façon de s'amuser un peu différente de ce à quoi on l'habitude.

A la manière des forums, il existe aussi des boards plus techniques , sérieuses et généralistes, la plus grande en France étant à ma connaissance e-Kaki.

 

Idée reçue numéro 2 : pour dessiner sur ordinateur Photoshop est ESSENTIEL.

Je ne compte plus le nombre de fois où j'ai pu lire ça. C'est consternant à plusieurs niveaux : déjà, contrairement à la croyance populaire, Photoshop n'est PAS un logiciel de dessin ou du moins pas à part entière. Des tas d'autres, eux spécialisés dans le dessin, font bien mieux son travail. L'utiliser ne réveille pas un don caché en l'utilisateur non plus. Ensuite, Photoshop reste monstrueusement cher : je doute que l'individu lambda arrive à amortir l'achat, sachant qu'à moins d'être un pro de la retouche photo, il n'exploitera/ ne comprendra pas le quart des possibilités de la bête. On rappellera aussi au passage que plutôt que de craquer honteusement ce logiciel il existe un équivalent libre, gratuit et pas moins bon répondant au doux nom de The Gimp.
En ce qui concerne les vrais logiciels de gribouillages, les noms ne manquent pas non plus, payants ou non, la plupart étant malheureusement aussi monstrueusement compliqués.

gimp

Welcome to Hell.

Et il existe aussi ce que les boards d'oekaki vous mettent à disposition. Pas besoin de télécharger, c'est facile d'accès et ça ne demande qu'avoir Java mis à jour ainsi qu'une connexion à Internet qui n'a même pas besoin d'être surpuissante.
La plupart des boards d'oekaki mettent à disposition plusieurs logiciels, s'ouvrant dans un applet Java. On trouve parmi les plus connus OekakiBBS, le père de tous les autres, moche et buggé mais idéal pour commencer en raison de son austérité. Sa version plus récente mais tout aussi peu esthétique répond au doux de nom de PaintBBS et a tendance à le remplacer de plus en plus sur les différentes boards. Dans un autre genre, les grands concurrents sont ShiPainter et ShiPainter Pro, l'un étant une version plus avancée de l'autre et qui proposent un nombre d'options satisfaisant pour commencer à pousser le dessin un peu plus loin.
ChibiPaint, qui se rapproche certainement le plus d'un vrai logiciel de dessin en matière de contenu, commence petit à petit à se populariser.

Le choix de l'applet dépend du confort que chacun voudra y trouver. On notera que dans le fond, ils ont tous plus ou moins les mêmes fonctions, qui sont par ailleurs relativement limitées. Ni voyez pas un défaut, c'est en réalité plutôt positif comme constat : comme énoncé plus haut, Photoshop et consorts sont des logiciels extrêmement compliqués d'utilisation et regorgeant d'options obscures pour qui n'est pas pro. Les applets d'oekaki se contentent de remplir le minimum syndical, à savoir ce qu'on se contentera simplement d'utiliser sur d'autres produits plus complexes. Croyez-le ou non, c'est déjà beaucoup.

shipainter

ShiPainter

Idée reçue numéro 3 : il me FAUT une tablette graphique !

La grande école des dessinateurs amateurs sur ordinateur se divise en deux groupes : les utilisateurs de souris et les utilisateurs de tablette graphique. Une tablette graphique est un instrument de dessin visant à reproduire le plus fidèlement possible le tracé du dessinateur. D'une taille variable (entre A4 et A6 pour le commun des mortels) la tablette se présente comme une petite surface tactile se branchant en USB et qui permet de diriger le curseur de votre souris via un stylet déplacé quelques millimètres par-dessus la-dite surface. Vos mouvements sont non seulement reproduits en temps réel, mais aussi de façon proportionnelle à l'écran (c'est la grande différence avec un touch pad). La plupart des tablettes comprennent l'option de pression : selon la force avec laquelle vous appuyez le stylet sur la tablette, votre trait sera plus ou moins épais ou opaque. Ces différentes possibilités ne sont néanmoins pas gérées par tous les applets d'oekaki.

volito_2

L'arme du crime

Dit comme ça, on a l'impression qu'on ne peut pas faire sans et que c'est le Saint Graal. Pour être claire, ce n'est pas le cas. Utiliser une tablette pour dessiner est certes plus instinctif qu'une souris, mais pas moins facile. Dessiner sans regarder sa main demande beaucoup d'entrainement et une tablette, ça coûte relativement cher. Comptez autour de 50 euros pour avoir le minimum syndical, le tout dans un rapport qualité/prix acceptable. Se jeter sur l'achat d'une tablette est donc assez peu prudent, il est avant tout conseillé de commencer à l'ancienne, c'est à dire à la souris. Ce qui nous amène à...

 

Idée reçue numéro 4 : mes dessins sont merdiques parce que je dessine à la souris !

L'outil ne faisant pas l'homme, tout est une question de maitrise. On peut obtenir des résultats 1000 fois plus beaux avec une souris qu'avec une tablette. Évidemment, la souris est techniquement beaucoup plus limitée que la tablette : outre le confort douteux, elle ne connait pas la notion de "pression" évoquée plus haut. Pour autant, on peut arriver à faire des trucs plus que beaux avec une souris, pour peu qu'on s'investisse. C'est l'éternelle question de la qualité du matériel utilisé. Je pense personnellement que ce genre de choses ne font la différence que lorsqu'on a atteint un niveau de maitrise extrême. Jusque là, il suffit de savoir apprivoiser son instrument, aussi merdique soit-il. Bien manier la souris offre de meilleurs résultats qu'une utilisation hasardeuse de la tablette.

Valkyrie_by_Mikajima

La preuve qui tue

Idée reçue numéro 5 : pour exister aux yeux des autres, bon je dois être

C'est là que le principe tout puissant de l'oekaki entre en compte. Hormis quelques exceptions, la plupart des boards sont libres d'accès. Autrement dit, le débutant comme le "pro" se côtoient et sont logés exactement à la même enseigne. Ça permet non seulement d'être sûr que OUI on vous a bien vu mais aussi de recevoir des conseils d'autres personnes s'y connaissant mieux, ainsi que des critiques. On notera aussi que certaines boards ont une option assez sympathique permettant de voir en animation la conception des différents dessins postés. C'est à la fois amusant de voir comment un dessin peut dévier de son idée d'origine et aussi très instructif d'épier comment les autres s'y prennent, notamment en matière de colorisation. Je n'ai pas l'impression qu'il existe en dessin sur ordinateur UNE technique en matière de tracé ou de mise en couleur. Généralement chacun y va à sa sauce, pour le meilleur et pour le pire. L'objectif est de tâtonner jusqu'à trouver SON truc dans lequel on se sent à l'aise.

paintbbs

PaintBBS dans toute sa simplicité

 

Le véritable problème de l'oekaki est purement technique : Java, ça marche bien quand ça veut. Non vraiment, je ne compte pas le nombre de kaki que j'ai perdu pour cause de calques qui fusionnent (= impossible de retoucher sans tout merder) ou de connexion qui meurt au moment de l'envoi. A ce niveau là, la solution est la même que partout sur internet : l'imprim écran sauvage et la sauvegarde de temps en temps.

On retiendra aussi que la pratique de l'oekaki devient rapidement addictive, il faut donc avoir des doigts solides et des yeux prêt à mourir.

Et surtout, accepter l'idée, quand on reprend une feuille et un crayon, que chercher "ctrl+Z" dans le vent ne mène à rien... Et oui, ça sent le vécu ^^"

Posté par Katua à 18:42 - Divers - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : ,

Commentaires

  • Article intéressant sur un sujet dont je ne connaissais pratiquement rien
    Par contre, sur l'un des seuls points de l'article que je peux commenter en connaissance de cause, je me retrouve en total désaccord avec toi

    Gimp est un bon logiciel, j'aime beaucoup le monde du libre et tout et tout, mais non il n'est pas aussi bon que Photoshop, loin de là, dès qu'on sort d'une utilisation basique :p
    En plus Gimp nécessite pas mal de plug-in et d'extensions pour être complet.

    Enfin Photoshop est quasi obligatoire quand on bosse sur Illustrator, vu les problèmes de compatibilité (qui arrangent bien ces crevures de chez Adobe d'ailleurs) dès qu'on en prend un autre.

    Posté par Silveda, 04 févr. 10 à 15:00
  • Je parlais surtout dans le cadre d'une utilisation de "base", je ne suis pas assez pro pour connaitre dans les détails ^^" Le nombre de Kevins craquants ce logiciel pour pouvoir dire "oué G toshop lol" et dessiner des trucs d'un niveau sous-paint est aussi effarant qu'effrayant.
    J'aime le côté "plugin" de Gimp personnellement, ça m'évite d'avoir 20 000 options qui prennent plein de place et que j'utiliserai jamais ^^ Après pour la compatibilité, ça reste limite.

    Posté par Katua, 04 févr. 10 à 16:56
  • photofiltre

    Bonjour

    j'ai découvert le dessin oekaki en me servant du logiciel photofiltre gratuit. J'ai dessiné en me servant uniquement de la souris, des pinceaux et du doigt pour le melange des couleurs, j'ai ouvert une galerie pour expo sur mon site "origan"
    j'aime bien cette expression de dessin que je trouve ludique, par contre avec le logiciel chibipaint je suis nulle.
    Cordialement
    Jamine-Pivoine

    Posté par jamine, 13 juin 10 à 11:05

Poster un commentaire